Dénivelés – Troisième extrait

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8 juin 2015

Pensez que vous pouvez ou pensez que vous ne pouvez pas, dans les deux cas vous avez raison. – Henry Ford

Jour 5 : EspanolaSault SteMarie (250 km)

Ayayaye ! Quelle journée de fou! Je suis partie vraiment tôt, car je savais que j’avais une longue route à faire. Après une dizaine de kilomètres à monter, j’ai entamé une série de descentes, toutes plus périlleuses les unes que les autres. Je crois avoir saisi ce qui tue les jambes d’un cycliste ; les enchainements de montées et de descentes. Je soupçonne même l’Ontario d’avoir volé les Rocheuses et de les avoir cachées dans le nord de leur province! Bref, l’air était glacial et j’ai décidé de m’arrêter dans un restaurant pour camionneurs en bas d’une côte, étant donné qu’il y avait beaucoup de brume et que j’avais de la difficulté à sentir mes mains. J’ai laissé ma monture à l’extérieur, à un endroit d‘où je pouvais la surveiller, et je suis entrée. Aussitôt avais-je franchi le pas de la porte qu’une vingtaine de paires d’yeux se sont levées pour me fixer. De toute évidence, je n’avais pas le profil de la place, moi, la jeune cycliste trop peu habillée pour ces conditions dignes de l’hiver québécois. Pour tout dire, je me sentais comme une «étrange» ! En moins de deux, j’ai repéré la seule femme de la place et me suis assise à ses côtés. Je me suis dit qu’elle saurait me rassurer et ferait office de protection face à tous ces camionneurs inconnus! J’ai rapidement commandé un gruau et un chocolat chaud. Le parfait menu réconfortant, et réchauffant aussi!

Jojo et moi

Ma voisine de chaise a alors décidé de rompre le silence qui régnait depuis mon entrée. Elle m’a dit qu’elle s’appelait Joanne, Jojo pour les amis, et m’a demandé où je m’en allais. J’ai commencé par lui expliquer d’où j’arrivais et lui ai indiqué que je comptais me rendre à Sault-Ste-Marie. Elle éclata d’un rire gras inimitable et épeurant ! Elle m’a informée que c’était presqu’impossible, à son avis, de franchir la distance restante à vélo avant le coucher du soleil. Je me suis surprise moi-même à lui dire que je commençais à avoir de l’expérience et que j’étais confiante d’y arriver. Son air réprobateur n’a pas suffi à me convaincre de réviser mon objectif. Persévérante, elle est revenue à la charge en détaillant la composition de la faune avoisinante. Beaucoup d’orignaux et d’ours, m’a-t-elle confié. Au moins un accident par semaine, a-t-elle renchéri. Je commençais à trouver Joanne pas mal moins agréable finalement ! Elle a tenté de m’achever avec son argument fatal : la plupart du temps, les camionneurs et les automobilistes impliqués dans un face-à-face avec un animal survivaient, mais aucune chance de survie si ça m’arrivait à moi sur mon vélo. Sans blague, je commençais à angoisser légèrement. Après tout, c’est vraiment une idée folle de faire ce que je suis en train de faire. En bonne protectrice, Jojo m’a dit qu’elle avait quelque chose pour moi dans son camion. Elle sortit un instant puis revint avec un présent qui m’a beaucoup touchée, une pièce de monnaie chanceuse. Les paroles qui accompagnaient la remise dudit présent m’ont touchée également, mais différemment : «Je te souhaite d’arriver à Sault-Ste-Marie en vie ma belle, mais vraiment… je n’en suis pas convaincue !» Décidément, elle a tenu son bout jusqu’à la fin. Victoire de la journée : je m’en suis sortie non seulement vivante, mais, de surcroît, je suis arrivée en fin d’après-midi, bien avant la tombée du jour. Bilan : 0 ours, 0 orignal rencontré. Que des maringouins et des petits oiseaux. J’ai tout de même compris que la quête que j’avais entreprise était audacieuse et que je devais être vigilante. Malgré tout, je suis prête pour la suite !

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